À Agen comme ailleurs, Macron veut tenir les militants à distance

Mardi 6 mars Emmanuel Macron se rendra à Agen, où il visitera notamment l’école nationale d’administration pénitentiaire (1) accompagné de la ministre de la justice Nicole Belloubet. Une occasion idéale pour la lanceuse d’alerte et résidente de la préfecture du Lot-et-Garonne, Céline Boussié, de remettre en main propre le « plaidoyer pour des institutions sociales et médico-sociales de qualité » (2) qui demande au gouvernement de tenir ses engagements envers les personnes en situation de handicap. Si son nom ne vous dit rien, vous avez peut-être déjà entendu parler de Céline Boussié. En effet, c’est la première lanceuse d’alerte relaxée en France dans un procès en diffamation contre son ancien employeur (3), l’IME (institut médico-éducatif) de Moussaron, dans le Gers. En 2013 elle décide de dénoncer les mauvais traitements dont sont victimes les enfants polyhandicapés de cet établissement (voir vidéo). Le début d’un long combat judiciaire qui se terminera donc le mardi 21 novembre 2017 au tribunal correctionnel de Toulouse.


Emmanuel Macron avait clairement fait du handicap une des priorités du quinquennat, mais les promesses tardent à se matérialiser et les associations sont échaudées par des années de beaux discours et d’effets d’annonces. Aujourd’hui elles demandent des actes. D’où le fameux plaidoyer que Céline Boussié, présidente de l’association Handi’Gnez-Vous !, voulait remettre au président. C’était sans compter sur un coup de téléphone jeudi matin (le 1er mars) de la DDSP 47 (Direction Départementale de la Sécurité Publique) : « Ils m’ont tout simplement signifié l’interdiction de me trouver à proximité du parcours présidentiel. Je suis profondément choquée et en colère, c’est une atteinte aux libertés fondamentales que sont la libre circulation et la liberté d’expression ! »
Ces mesures de restrictions exceptionnelles ne sont pas rares depuis le 14 novembre 2015 et l’instauration de l’état d’urgence. On se souvient par exemple de l’assignation à résidence de militants écologistes pendant la COP21 (4). Et si l’état d’urgence n’est plus en vigueur depuis le 1er novembre dernier, ses principales mesures sont désormais inscrites dans le droit commun. Selon nos informations, les motards en colère mais aussi les avocats et les magistrats seraient aussi concernés par cette interdiction à Agen. « J’ai insisté pour pouvoir remettre le courrier au président et on m’a gentiment fait comprendre que ce n’était pas une menace, mais que de nombreux cars de CRS seraient présents le long du parcours. »

« Je suis citoyenne, lanceuse d’alerte, j’avais l’occasion de remettre notre plaidoyer en main propre au président et on me l’interdit ! C’est un déni de démocratie, c’est la dictature En Marche ! » Céline Boussié

Difficile de ne pas faire le lien avec l’interdiction de manifester à Bure ce week-end (6). Les opposants au projet Cigéo ont maintenu leur rassemblement, entrainant des affrontements avec les forces de l’ordre.
Et lorsque le président de la République se déplace, les militants sont systématiquement tenus à distance, comme à Egletons en Corrèze, où le 4 octobre 2017 les CRS avaient gazé les ouvriers de GM&S et les élus qui souhaitaient rencontrer Emmanuel Macron (voir tweet ci-dessous) !


La stratégie de l’exécutif semble claire. Tout d’abord trier sur le volet les personnes autorisées à rencontrer le président, quitte à donner lieu à des mises en scène grotesques, allant de la fausse rencontre avec une citoyenne franco-tunisienne, au « bain de foule » d’une vingtaine de sympathisants (tout est une question de cadrage). Ensuite, tenir à distance les opposants et provoquer des situations tendues alimentées par la frustration des militants et l’agressivité souvent totalement démesurée des forces de l’ordre. Le but est bien évidemment d’obtenir d’un côté de belles images, sans vagues, des « bons citoyens » autour du chef de l’État et du gouvernement, et de l’autre des scènes, dans l’idéal de guérilla urbaine, ou du moins d’affrontements entre militants et forces de l’ordre. Secouez le tout, diffusez les images sur les chaînes d’info, agrémentez-les d’éditorialistes qui emploient régulièrement les termes « assistés », « privilégiés », « casseurs », « preneurs d’otages » etc. et vous obtiendrez des citoyens plus divisés que jamais selon les combats et les causes. Et nous ne pouvons que constater l’efficacité de cette stratégie. Le gouvernement attaque sur tous les fronts et les français sont KO debout, incapables de réagir de manière unitaire.
Je laisserai donc la conclusion de cet article à Céline Boussié : « J’appelle à une vraie convergence des luttes. Il faut laisser tomber son pré carré au profit de l’intérêt général. Pour moi, c’est une assignation à résistance ! »

 

Références :
1. Agen : le point sur la venue d’Emmanuel Macron mardi : http://www.sudouest.fr/2018/03/05/agen-le-point-sur-la-venue-d-emmanuel-macron-mardi-4253257-3603.php
2. Plaidoyer pour des institutions sociales et médico-sociales de qualité : http://citoyensentoutcas.wesign.it/fr
3. La relaxe inédite d’une lanceuse d’alerte donne raison à celle qui a refusé de se taire sur des maltraitances https://www.francetvinfo.fr/societe/justice/video-13h15-la-relaxe-inedite-d-une-lanceuse-d-alerte-donne-raison-a-celle-qui-a-refuse-de-se-taire-sur-des-maltraitances_2485151.html
4. Vingt-quatre militants écologistes assignés à résidence à la veille de la COP21 : http://www.france24.com/fr/20151128-etat-urgence-assignations-residence-militants-ecologistes-zad-notre-dame-landes-cop21
5. L’état d’urgence n’est qu’une mascarade liberticide : http://www.libreactu.fr/la-loi-antiterroriste-nest-quune-mascarade-liberticide/
6. Interdiction de manifester à Bure : les opposants dénoncent une « action liberticide » et maintiennent leur rassemblement : https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/dechets-nucleaires-a-bure/interdiction-de-manifester-a-bure-les-opposants-denoncent-une-action-liberticide-et-maintiennent-leur-rassemblement_2637356.html

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Une réaction sur “À Agen comme ailleurs, Macron veut tenir les militants à distance”

  1.   Des écoutes de Liliane Bettencourt à celle de Nicolas Sarkozy, de notre volonté d’abolir le décalage entre le confidentiel et le public, de la professionnalisation de la fonction de lanceur d’alerte, ressort l’idée d’un manque, d’une quête, mais de quoi ?

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