De la sidération…

Voilà plusieurs jours que j’essaie de rédiger un papier sur le sujet, mais je n’y arrive pas, je suis en état de choc, comme sidéré par ce que j’observe ces dernières semaines. Malheureusement, je trouve un avantage au fait de repousser son écriture. En effet, chaque jour qui passe apporte matière à mon propos.

Oui je suis sidéré. Sidéré par ce que j’ai vu à Bordeaux, le 1er décembre, quand les CRS ont bombardé de grenades lacrymogènes, des manifestants pacifiques (et j’insiste sur ce point) rassemblés devant l’hôtel de ville. Puis soudain, dans le désordre, ils se sont mis à tirer dans le tas, au flash-ball nouvelle génération (qui en réalité n’en est pas un), sur des « gilets jaunes ». Un homme d’une soixantaine d’années, un ouvrier sans histoire, qui voulait simplement exprimer son ras-le-bol, a notamment eu la joue arrachée. Cet épisode m’en a convaincu, le gouvernement joue clairement la carte de la provocation et de la répression. Pour faire dégénérer la situation et avoir des scènes de violence et de chaos certes, mais surtout pour engendrer la peur, choquer et provoquer de la sidération donc.

Je suis sidéré par ce lynchage en règle filmé proche des Champs-Élysées le 1er décembre, où l’on voit clairement 7 ou 8 CRS s’acharner sur un homme à terre.
Je suis sidéré par ces CRS qui viennent « faire le ménage » dans un restaurant où s’étaient réfugiés des manifestants, des passants et même des journalistes, pour échapper à l’irrespirable gaz lacrymogène. Les témoignages sur le déroulement des faits sont accablants.
Je suis sidéré par toutes ces blessures mutilantes infligées aux manifestants à travers le pays ces dernières semaines, des visages défigurés aux mains arrachées.

Je suis sidéré par les matraquages, gazages à répétition, par les tirs de flash-ball à bout portant à la tête et ces grenades explosives lancés sur des lycéens qui s’éveillent à la politique, au débat public, à la démocratie ! Je suis sidéré par ces images qui montrent l’interpellation de dizaines d’entre eux à Mantes-la-Jolie, où on les voit à genoux, les mains sur la tête pour certains, menottés et face à un mur pour d’autres, humiliés par les forces de l’ordre. Des images qui rappellent les heures les plus sombres de notre Histoire.

Rien, ABSOLUMENT RIEN ne peut justifier ces violences policières, ces images, ces humiliations, aucun contexte, pas même le pire des crimes ! Alors peu importe, lorsque c’est le cas, qu’ils aient ici tagué l’Arc de Triomphe (commandé par Napoléon 1er soit dit en passant, comme symbole républicain on a fait mieux), peu importe qu’ils aient là jeté des pavés, peu importe qu’il aient brulé des voitures, peu importe qu’ils aient dégradé du mobilier urbain, peu importe qu’ils aient crié leur rage aussi fort que possible… Ce n’est pas le rôle de la police de juger et encore moins de punir c’est celui de la JUSTICE ! Ou alors, nous vivons dans un État totalitaire et il faut désormais le présenter comme tel.

Petite parenthèse pas si anodine que cela, je me souviens de discussions avec ma mère (elle serait si révoltée aujourd’hui) et elles prennent un sens particulier à la tournure des évènements. On divaguait sur le fait que, dans le langage courant, on avait cessé de les appeler « gardiens de la paix » pour les nommer « forces de l’ordre ». Petit à petit on a ainsi façonné notre inconscient. Avant la police défendait la liberté, maintenant elle combat le désordre ! C’est ce que j’appelle une escroquerie sémantique, qu’on peut comparer à la novlangue (ou néoparler qui sonne encore plus juste) chère à George Orwell.

Policiers, CRS, gendarmes, combien de temps encore allez-vous obéir à des ordres totalement absurdes, qui mettent clairement en danger vos concitoyens, ceux pour lesquels vous vous êtes engagés ?! De quel côté de l’Histoire voulez-vous être ?! Les gouvernements passeront, peut-être même changerons-nous de régime politique. En revanche, les images resteront, implacables, accablantes et le prisme par lequel ces évènements seront analysés ne sera pas le même dans quelques années… N’oubliez jamais, c’est un devoir de désobéir à un ordre si celui-ci est contraire à la loi !

Éditorialistes et journalistes de nos « grands médias », combien de temps encore allez-vous regarder cette violence d’État sans réagir ? Vous qui travaillez pour des médias qui autrefois (lorsqu’ils étaient encore « indépendants ») auraient été en première ligne pour s’indigner, dénoncer la violence intolérable des forces de l’ordre, crier au scandale et implorer Rousseau ou la DDHC ! Vous relayez sans vergogne la propagande gouvernementale sur les « violences de l’ultra-droite ou de l’ultra-gauche », « les casseurs » ou encore « l’attaque de la maison de Christophe Castaner » (quel terrible naufrage journalistique d’ailleurs) et dans le même temps vous prenez vos plus petites pincettes pour traiter dans un coin, des violences policières d’une rare virulence sur la population de votre pays ! Et encore, c’est plus souvent pour vérifier ces informations que pour les dénoncer. Aujourd’hui, on attend de vous que vous vous indigniez, que vous ACCUSIEZ, que vous jouiez ce rôle de « contre-pouvoir » que vous aimez tant vous arroger !

Citoyens du pays des « Droits de l’Homme » où êtes-vous ?! Chaque commentaire sur les réseaux sociaux où je vois une tentative de justifier ces actes me révolte, me consterne, me sidère, encore une fois… Savez-vous que la France est le seul pays européen à utiliser des grenades explosives contre son peuple (1)(2) ? Comment pouvez-vous tolérer cela ?! Combien de temps encore allez-vous accepter que vos enfants , vos parents, vos voisins, vos collègues, se fassent gazer, matraquer, tirer dessus à bout portant ?! C’est ce régime autoritaire que vous souhaitez pour vous et les générations futures ?!

Quant aux gouvernants, je n’attends rien de vous, l’Histoire se chargera de vous juger. Vous avez sciemment choisi, depuis plusieurs années, la violence pour réprimer des mouvements de contestation populaires et spontanés, qu’ils soient écologistes, sociaux ou étudiants, afin de protéger un système destructeur et à bout de souffle. Vous devrez en assumer toutes les conséquences.

Oui, aujourd’hui, comme des millions de français, je suis en état de sidération. Mais je ne saurais trop vous conseiller là-haut ; de la sidération naît un profond sentiment de colère et d’injustice, le parfait terreau de la révolte…


N.B. J’ai volontairement choisi de ne pas intégrer les vidéos et les photos en corps d’article, vous pouvez y accéder en cliquant sur les différents liens.

Références :
1. Défense explosive en France – Désintox : https://www.youtube.com/watch?v=uOLmYavCcJ8
2. Des avocats demandent au ministre de l’Intérieur de ne plus utiliser les grenades explosives : https://reporterre.net/Des-avocats-demandent-au-ministre-de-l-Interieur-de-ne-plus-utiliser-les

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13 réactions sur “De la sidération…”

  1. Moins

    Merci monsieur pour votre article..il dépeint totalement ce que mon coeur de mère,épouse et maitresse d’école ressent!!
    Bravo!!

  2. SABAT

    Un grand merci pour cet article que je partage totalement, tellement vous écrivez la stricte réalité de mes pensées de femme engagée, citoyenne et anti-violence.

  3. Ellphy

    C’est pas possible que tout ce qui est flics est le droit de MASSACRER je dis bien MASSACRER les citoyens que représentent les gilets jaune et que lorsqu’un citoyen lambda frappe à mains nues un CRS celui ci on le traite de tout les mots de la terre et on le recherche pour le traduir en justice , en plus il risque très gros pour ses actes , mais aucunes punitions sévères pour toutes ces ordures de flics , qui on détruits des vies à coups de flachs bals et de gaz lacrymogène
    Trop souvent à bouts portants ! Ne sont t’ils pas former pour nous protéger et non pour nous massacrer ????

  4. GOSSET

    Merci pour votre article. Il réconforte.

  5. Bonino Cathy

    Que font les journalistes et les intellectuels, si peu de personnes dénoncent ces actes? Merci pour votre article.

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