La liberté de la presse menacée en France selon RSF

Comme chaque année depuis 2002, Reporters sans frontières a publié son classement mondial de la liberté de la presse.
Et n’en déplaise à certains, la France pointe à une piètre 39ème place. C’est mieux que l’année dernière, me direz-vous, où notre pays occupait la 45ème position. Et bien pas vraiment en fait. Cette amélioration est qualifiée de « trompe-l’œil » par RSF pour la simple et bonne raison que le classement 2016 (effectué sur l’année précédente) avait été marqué par l’attentat contre Charlie Hebdo. Au contraire la situation aurait vraiment tendance à se dégrader.
Pour l’ONG créée en 1985, le paysage médiatique français est largement constitué de groupes dont les propriétaires ont d’autres intérêts que leur attachement au journalisme. Cette situation entraîne des conflits qui font peser une menace sur l’indépendance éditoriale.
RSF dénonce le fait que la mainmise d’une poignée de milliardaires sur les médias s’est accentuée, aggravant ainsi la dépendance de certains groupes de presse aux pouvoirs économiques. Elle estime que le risque de conflits d’intérêts n’a jamais été aussi grand, fragilisant d’autant plus l’indépendance des journalistes. L’exemple flagrant de Bolloré est cité avec en point d’orgue la grève à iTélé (désormais CNews) qui a entrainé le départ d’une centaine de salariés de la chaîne. Il est bien évidemment loin d’être le seul et la très grande majorité des médias n’ont aujourd’hui plus rien d’indépendant comme le montre cette infographie très complète.

Infographie réalisée par Le Monde diplomatique

Reporters sans frontières note aussi l’extrême violence de la campagne présidentielle envers les médias. Faut-il y voir une relation de cause à effet ? C’est bien possible car ces conflits d’intérêts rendent la justification de l’indépendance éditoriale très difficile pour les journalistes, et ce même quand ils font correctement leur travail.
Le traitement différencié de l’information est aujourd’hui flagrant dans de nombreux cas. On peut par exemple s’étonner de l’absence de couverture sur la loi votée le 16 février dernier qui instaure un délai de prescription de 12 ans pour les infractions occultes et dissimulées (véritable amnistie pour les corrompus) ainsi que de la mobilisation citoyenne qui a suivi, réunissant des milliers de personnes à travers le pays pendant de longues semaines et qui a été totalement occultée par les médias !

De tout temps le contrôle de l’information a été un objet de convoitise, clé de la manipulation de l’opinion et de la propagande d’État. Néanmoins, depuis la fin du XIXème puis au cours du XXème siècle, nous avons vu fleurir en France de nombreux médias indépendants, d’abord par la presse écrite puis avec les radios libres et enfin à la télévision. Oui mais voilà, les « puissants » se sont adaptés, après avoir combattu (et asphyxié ?) cette presse indépendante, ils l’ont achetée et en ont fait leur meilleure alliée. Mieux encore, ils ont aujourd’hui inventé des outils comme « Décodex » (Le Monde) ou « Désintox » (Libé) pour nous dire ce qui est crédible ou pas, ce que nous devons lire ou pas. Et la grande majorité des français plonge sans même se poser la question de l’indépendance éditoriale des « grands médias » qu’ils considèrent au dessus de tout soupçon, oubliant au passage leur esprit critique et avec, leur libre arbitre.

“Notre liberté dépend de la liberté de la presse, et elle ne saurait être limitée sans être perdue.” Thomas Jefferson, 1776.

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