L’invraisemblable « constance » des sondages français !

Les sondages ont toujours posé question, leur « indépendance » et leur influence sur l’opinion donne lieu à un débat perpétuel.
Mais ce dont je vais vous parler ici est particulièrement grave. En effet, même le statisticien américain Nate Silver s’est fendu d’un tweet le 17 avril afin de souligner l’incroyable constance dans les différents sondages des principaux instituts français. En d’autres mots, l’absence suspecte de variation des résultats suivant les enquêtes…


À moins d’avoir un échantillon de population très important, ceci est tout simplement impossible. Or, le corps électoral français est composé de 43 millions de citoyens et ces sondages se basent sur des échantillons allant de 900 à 2800 personnes, soit une part de 0,00006% de l’électorat. Les échantillons ont beau être ultra représentatifs de la population (ceci est bien évidemment à l’appréciation du sondeur), la probabilité d’obtenir des résultats aussi proches les uns des autres est à peu près égale à ce même pourcentage ! Sauf si, comme il le dit, vous avez affaire à un troupeau de moutons (et encore il existe des intondus) !
Pire encore, l’indécision et l’extrême volatilité de l’électorat lors de cette campagne devrait rendre les résultats encore plus aléatoires…
On nous prend vraiment pour des cons me direz-vous ! Oui c’est un peu (beaucoup) le cas, mais nous allons quand même essayer de comprendre le pourquoi du comment. Concrètement, il y a 3 hypothèses plausibles :

  • Les instituts de sondage interrogent tous les mêmes personnes… Je pense ne pas avoir besoin de développer celle-ci même si en l’état actuel des choses plus rien ne m’étonne !
  • Les sondeurs adaptent leurs résultats suivant la marge d’erreur pour tendre vers le même résultat que les autres afin de ne pas se décrédibiliser. En effet, aussi dingue que cela puisse paraitre en démocratie, une enquête d’opinion qui dénote des autres n’est pas prise au sérieux !

Développons cette hypothèse, vous ne le savez pas nécessairement mais chaque sondage contient une marge d’erreur de généralement 3 points. Sur le papier c’est sage et logique, mais dans la pratique, les sondeurs adaptent les résultats comme bon leur semble à la hausse ou à la baisse à l’intérieur de cette marge. Prenons un exemple : si Fillon est à 20% dans un sondage que vous lisez, on peut très bien imaginer que l’institut a rajouté 3 points à son résultat (pour x raisons), et qu’en réalité il était à 17%. Sauf qu’ils auraient aussi pu le baisser de 3 points, et vous auriez pu lire ce même sondage avec Fillon à 14%. Entre 14 et 20, un monde, une dynamique de campagne, des tentations de vote utile, bref, vous avez compris ? Bien évidemment c’est la même chose avec tous les autres candidats à la hausse ou à la baisse ! Dans les faits un sondage qui donne Le Pen (23%), Macron (23%), Fillon (20%), Mélenchon (20%), Hamon (8%) et Poutou (2%) pourrait très bien aussi être interprété Mélenchon (26%), Le Pen (20%), Macron (17%), Hamon (14%), Fillon (14%), Poutou (5%). Vous imaginez le coup de tonnerre ?

  • Dernière hypothèse, les sondages sont tout simplement pipés, ils sont achetés par et pour les partis politiques et/ou les médias qui en fabriquent les résultats afin de manipuler très largement l’opinion publique et influencer ses choix.

À ce propos, voici un témoignage très intéressant de Philippe de Villiers (peu importe ses opinions).

Pour ma part je pense que la vérité est à chercher au confluent de ces hypothèses et que, quoi qu’il en soit, on peut parler de véritable scandale des sondages, même si cela ne révolte plus personne dans un pays où l’illusion démocratique a pris le pas sur l’esprit critique et le libre arbitre !

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