Macron ou la stratégie de l’hyper-démagogie

Ma réflexion fut immédiate, dès le troisième nom prononcé par Alexis Kohler lors de l’annonce du gouvernement « Philippe 1 ». Je me suis instantanément dit que cette liste était faite pour gagner les législatives, ni plus, ni moins. Hulot à transition écologique, Le Maire à Bercy, Bayrou à la justice, Le Drian aux Affaires Étrangères… malgré le discours officiel et relayé dans les médias du plébiscite de 66% des français, Emmanuel Macron est bien conscient du fait qu’en réalité seul 10% du corps électoral a adhéré à son projet. Il a besoin des électeurs socialistes, républicains, écologistes et même des centristes de Bayrou car rien n’est jamais acquis.

Quand on y regarde de plus près c’est une stratégie hyper-démagogique qu’applique Macron depuis la création de son mouvement, sous couvert de recomposition du monde politique il promet tout et son contraire à tout le monde. Il donne par exemple des gages aux écologistes et dans le même temps prononce un discours surréaliste devant les chasseurs ou plaide au congrès la FNSEA pour la « modernisation et l’industrialisation » des exploitations agricoles.


Alors bien sûr, vous allez me dire que la « démagogie » est presque une qualité pour une homme politique, une quasi nécessité, que pour arriver à ce niveau là il faut être un démagogue. Oui Mélenchon flatte son électorat, comme Fillon, Hamon, sans même parler de Le Pen… Tous le sont, tous font des promesses intenables, tous manient plus ou moins bien cet art de la manipulation de masse.
Bien évidemment, mais force est de constater que l’ancien ministre de l’économie est un Maître en la matière, le Thierry Tilly de la démagogie ! Je me souviens encore des réactions unanimes suite au premier débat entre les 5 candidats choisis par les médias, « Il dit oui à tout, il est d’accord avec tout le monde ». Je me souviens aussi de cette « punchline » d’Asselineau occultée par la performance de Poutou lors du second débat. Le candidat Macron a donné des gages à tous les corps de métier, aux représentants syndicaux, aux associations, aux lobbys, à l’Europe, à l’Allemagne etc. Il n’a oublié personne !


La stratégie a porté ses fruits pour la présidentielle. Chacun a vu en Macron quelque chose qui lui plaisait, quelque chose qu’il voulait entendre et cela a été suffisant pour se qualifier pour le second tour face à Marine Le Pen. Car elle était là aussi la clé, éviter à tout prix le vrai débat d’idées. Avec une telle opposition la victoire était assurée et surtout, aucun journaliste n’allait oser attaquer son (non) programme. Tout a fonctionné à la perfection.
Oui mais voilà, il faut maintenant remporter une deuxième bataille, et malgré l’appui massif des « grands médias », la majorité absolue aux prochaines élections législatives est loin d’être assurée. Pour y parvenir, la nomination d’Edouard Philippe à Matignon est un coup de maître, tout comme celles de Bruno Le Maire et Gérald Darmanin. Macron sait qu’il ne ponctionnera pas toutes les voix des Républicains, mais il ne lui en faut qu’une partie, comme ces électeurs socialistes qui auraient pu retourner aux PS pour les législatives, ou mieux, les voix de ces écologistes qui pourraient être tentés par le programme de la France Insoumise. Nicolas Hulot dans un gouvernement dirigé par un ancien lobbyiste d’Areva, qui aurait pu le concevoir ? Emmanuel Macron l’a fait ! Je n’ose imaginer les heures de tractations entre les différents protagonistes et surtout je n’ose imaginer toutes les concessions qu’à dû faire le désormais Président pour les convaincre d’accepter ces différents postes. Ou plutôt toutes les promesses qu’il a dû formuler.
Alors oui, une nouvelle fois vous allez me rétorquer qu’il fallait dépasser les clivages et que Macron l’a fait, qu’il a pris les compétences là où elles étaient, qu’il a tiré un trait sur cette politique des partis que nous aimons tant détester. Là encore vous aurez raison, d’autant plus qu’il l’avait annoncé. J’apporterais néanmoins un bémol au sujet des compétences, Bayrou n’a, à ma connaissance, jamais été un homme de loi tandis que Sylvie Goulard semblait plus destinée à l’Europe qu’aux armées.

Seulement il y a un hic à toute cette stratégie. Quand on promet tout et son contraire, quand on suscite l’Espoir, on prend un risque difficilement quantifiable, celui de décevoir son monde, ce qui peut dans certains cas entrainer de (très) violentes réactions au sein de la population, à la hauteur même des espérances. Quant au gouvernement, j’ai beau retourner l’équation dans tous les sens je ne vois pas comment Nicolas Hulot et Bruno Le Maire vont pouvoir cohabiter sur le long terme, Bercy est de fait très lié aux dossiers sur la transition écologique et leurs divergences politiques semblent incontournables. Seul l’avenir nous le dira mais je n’imagine pas cette équipe composée autour d’Edouard Philippe s’inscrire dans la durée, sa vocation est seulement de remporter le scrutin législatif, j’en suis convaincu.
Monsieur le Président, dès cet été il va falloir faire des choix stratégiques, politiques, économiques, écologiques, et je peux d’ores et déjà vous annoncer que vous allez faire un nombre incalculable de déçus. Mais dans le fond cela vous importe peu, car la fin justifie bien les moyens.

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