Moi, Cendrillon, j’ai voté Blanche Neige !

« Je fais un rêve… » Ah non pardon ! J’ai fait un cauchemar…

Le diable (Beau, élégant, sourire carnassier et charmeur) est venu me chercher dans un carrosse. Je portais mes plus beaux atours, j’étais traitée comme une reine et je n’avais pas mal (je précise que je souffre d’une maladie qu’on ne sait toujours pas guérir parce que les labos préfèrent de loin les malades aux bien-portants). Il est vrai que pour l’occasion on m’avait donné un puissant sédatif, le genre qui enfume bien comme il faut.
Me voilà descendant de cet équipage, talons aiguilles et bas de soie, sous le regard envieux des électeurs et des moutons (J’habite à la campagne).
Devant la mairie, on me sourit, on m’embrasse… Comme tu as bonne mine ! C’est vrai que pour une moribonde, j’ai bien profité du soleil printanier (seul traitement alternatif gratuit et efficace du moins en surface) et que j’affiche une mine resplendissante, sans artifice !
Je prends mon bulletin, le seul concevable à mes yeux, j’ignore avec fierté la pile FN qui a pourtant bien diminué à mon grand dam. Je me dirige vers l’isoloir et à ce moment précis je ressens une gêne. Le sédatif serait-il en train de me lâcher ? Je tire le rideau et là, une violente douleur me fait vaciller, je cherche mes cachets dans mon sac mais ne les trouve pas. Seul un vieux stylo oublié en ressort. Alors, dans un mouvement incontrôlable, je gratte férocement le nom du candidat sur mon bulletin, tout comme j’avais gratté à 6 ans les yeux de la sorcière dans le livre de Blanche Neige que le Père Noël m’avait apporté. Elle représentait pour moi le mal incarné et j’avais eu si peur d’elle au cinéma que ma vengeance s’était abattue sur chaque page du livre où cette vieille peau apparaissait.
Dans le secret de l’isoloir, J’ai trop mal soudain. Alors je pleure et mes larmes coulent sur ce bulletin profané ! Désespérée, J’écris SOS dessus, je le glisse dans l’enveloppe. Je ravale mon désespoir et recompose mon personnage. Je suis si bien habillée ! Lunettes de soleil, look de star.
A VOTÉ.
Je me précipite vers le carrosse ou l’équipage m’attend dignement. J’ai hâte de rentrer chez moi prendre mes cachets. Mal au cœur, envie de vomir… La totale !
Mais voilà les douze coups de midi et la secousse occasionné par un gendarme couché (ils sont partout) ont raison du carrosse et de mon équipage distingué. Je me retrouve au milieu de la route, assise et dépenaillée, abandonnée de tous. Dans mon délire, la sorcière aux yeux crevés me pointe de son doigt noueux et accusateur. J’ai voté Blanche Neige. Je suis punie !
J’ai mal, je pleure. Plutôt crever que de faire du stop ! Alors j’entreprends ce long chemin de croix pour rentrer à la maison à pied dans la souffrance.
Au croisement du cimetière un petit cousin s’arrête, il m’aide à monter dans sa modeste Renault 5 héritée d’un autre siècle et me ramène chez moi.
Je lui dis merci et puis je craque : Je crois que j’ai fait une connerie, lui dis-je, J’ai voté Blanche Neige ! Il me réponds : Tkt, j’ai voté Baloo ! Ah ouiiii ! c’est bien ça. J’aurais dû voter Mary Poppins, mon héroïne préférée, féministe et indépendante. Merde !
À la maison je prends mes cachets et ça me soulage un peu. Mais je sais bien qu’au douze coups de minuit, quoiqu’il arrive, la douleur va revenir et qu’il faudra tous nous abrutir pour soulager cinq ans de MAL !
Mal à notre terre qui suffoque, Mal à notre faune détruite par tous les moyens chimiques ou armés, Mal à notre liberté que Big Brother grignote chaque jour davantage, Mal à l’éducation de nos enfants qui les prive de sens critique, Mal à la culture que la télé assassine, Mal à nos rêves et surtout à ceux d’un monde meilleur ou les humains se respecteraient enfin ! Et par dessus tout, et il nous faudra des antalgiques très puissants (légalisez le cannabis, vite, urgent !), MAL à notre anus de quidam chaque jour défoncé davantage par… Par qui déjà ?
Par le Roi Pognon bien sûr !
Mais j’y pense les gens, vous n’auriez pas voté Oncle Picsou ?

« I have a dream… »
En cette veille d’élection catastrophique, dont nous sommes en partie responsables parce que nous ne sommes plus capables de faire la différence entre le Bon, la Brute et le Truand et que, dans ce système politique professionnalisé qui est le nôtre, les trois sont confondus puisque nous avons là, les caractéristiques du parfait manipulateur réunies ! (Thierry Tilly sort de ce corps… électoral !), je déclare donc dès aujourd’hui ouverte la stratégie de l’après élection. Oui ! déjà ! Puisque quoiqu’il arrive nous allons tous y perdre. Nous, les gens du tout-venant. (Tri sélectif oblige !)
Après la désillusion de la primaire citoyenne, méprisée pas les élus qui se chient dessus dès qu’un candidat honnête pointe le bout de son nez ; après la déception de la Marche Anti-Corruption que les médias n’ont pas voulu relayer malgré le soutien de Philippe Pascot et le refus des candidats de s’engager pour une démocratie transparente, mis à part Philippe Poutou et Charlotte Marchandise qui ont signé les revendications du mouvement Stop-Corruption… De toute évidence, nous devons entrer en résistance et nous préparer à nous battre contre le système auquel nous nous apprêtons à renouveler notre allégeance et/ou à nous faire humilier pendant cinq ans à grand renfort de lubrifiant.
Reconstruire notre dignité sera notre défi, sauver la démocratie, notre mission !
Bientôt nous serons des millions pour élire des candidats citoyens à tous les niveaux et mettre fin au métier illégitime et corrompu de la politique pour que l’administration de notre pays soit enfin entre les mains des citoyens.

Cendrillon, pour te faire déculpabiliser :

Merci petit lutin des bois !

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