Le RIC : cette revendication qui leur fait si peur… et qui peut tout changer

Il semblait évident qu’un mouvement populaire, spontané, gazeux, insaisissable, sans leader, aux facettes (presque) aussi nombreuses et disparates que la France compte de sensibilités, ne serait pas en mesure de s’accorder sur des revendications communes. Le gouvernement, relayé par de nombreux éditorialistes toujours bienveillants avec le bas-peuple, a d’ailleurs très rapidement insisté sur ce point à coup de méprisants : « Ils ne savent même pas ce qu’ils veulent, ils n’ont pas de revendications claires ». Tellement que cela a parfaitement imprimé dans la tête de nombreux français (je n’ai pas eu besoin d’aller plus loin que ma voisine de palier pour l’entendre). Macron espérait donc que ce mouvement des « gilets jaunes » allait lamentablement échouer sur le terrain des idées.

Oui mais voilà, prouvant ainsi l’immense erreur d’analyse de l’Élysée et la déconnexion totale de la Macronie avec les français, les gilets jaunes ont compris qu’ils avaient tout intérêt à se rassembler derrière une revendication phare afin d’être audible. Et quelle agréable surprise d’avoir vu émerger des débats sur les groupes facebook, les ronds-points etc… le Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) ! Quelle consternation aussi, je l’imagine, au sommet de L’État et dans le microcosme de « la France d’en haut ». « Comment ça ?! Les beaufs veulent donner leur avis sur les décision politiques, ce domaine réservé à nos élites depuis si longtemps, si bien que nous avons créé une école à cet effet ?! »
Et pourtant… Et pourtant il suffisait de se rendre au contact des « gilets jaunes », pas juste les observer de loin avec mépris ou essayer de piéger un pseudo-représentant sur un plateau télé. Vous y auriez vu un mouvement qui vit, qui s’organise, qui échange et débat. Vous y auriez vécu un incroyable moment de partage. Vous auriez perçu que le Peuple, si longtemps méprisé, était en train de se réapproprier le débat public. Vous auriez entendu parler de démocratie, d’assemblée citoyenne… Vous auriez compris que ces « invisibles » de la société française, voulaient désormais faire entendre leur voix, autrement que par l’élection de représentants, qui ne représentent plus personne depuis bien longtemps.

Petite parenthèse sur ce sujet. Si l’on pouvait cesser de nommer le système représentatif, « démocratie », on mettrait enfin un terme à une vaste escroquerie sémantique datant du milieu du XIXe siècle (venant des États-Unis) et qui en réalité n’était que du pur marketing politique (1) ! Jamais les figures de la révolution française de 1789 n’auraient osé appeler le système représentatif dans lequel nous sommes encore aujourd’hui, une « démocratie ». D’ailleurs ils n’en voulaient surtout pas et le disaient ouvertement. On peut notamment citer Emmanuel-Joseph Sieyès qui, le 7 septembre 1789, devant l’Assemblée Nationale s’exprimait en ces termes :

« Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi ; ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif ; ce serait un État démocratique. (…) Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie (et la France ne saurait l’être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants. »

Difficile d’être plus clair !

Donc faire que la voix des citoyens compte. Mais comment ? De nombreux collectifs ont déjà réfléchi à ces questions depuis plusieurs années, avec notamment des réflexions sur le processus constituant, la rédaction de la Constitution ou le référendum d’initiative citoyenne. On peut notamment citer « Le Message » et ses « gentils virus », l’association « Article 3 », « Clic-RIC » ou encore le « SVD ». D’échanges en débats, de rencontres en conférences, notamment avec Étienne Chouard (2), le RIC est apparu comme une évidence pour les « gilets jaunes ». Pourquoi ? Tout simplement car c’est un cheval de Troie, l’instrument par lequel tout peut potentiellement être modifié, celui qui redonne le pouvoir aux citoyens.

Mais au fait, c’est quoi un RIC ?

Le référendum d’initiative citoyenne (aussi appelé référendum d’initiative populaire), comme son nom l’indique, est un référendum qui serait convoqué à l’initiative des citoyens. Imaginons une proposition de loi déposée par un groupe de citoyens. Si cette proposition de loi obtient un nombre de signatures suffisant (comme une pétition), dont le seuil est fixé par la Constitution, elle sera soumise par référendum à l’ensemble de la population.
L’initiative populaire est profondément ancrée en Suisse où les citoyens votent régulièrement à tous les échelons politiques (communal, cantonal et fédéral). En 2017 ils ont par exemple rejeté la réforme des retraites voulue par le gouvernement. On trouve aussi des formes de RIC dans plusieurs états américains ou en Italie.
Notez qu’il existe dans la Constitution, à l’article 11 (3), la possibilité de convoquer un référendum d’initiative partagée. Adopté sous Nicolas Sarkozy en 2008, il nécessite le soutien d’un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales, soit plus de 4,5 millions de français, mais aussi (et surtout) d’un cinquième des membres du Parlement (soit 185 députés et/ou sénateurs). Autant dire que ce RIP est mort-né (désolé) et n’a jamais été utilisé. Anecdote surprenante, il est entré en vigueur le 1er janvier 2015 soit 6 ans et demi après son adoption !

Et le RIC des « gilets jaunes » il ressemblerait à quoi ?

C’est là où cela devient très intéressant. Ils ne veulent pas d’un RIC simplement législatif. Ils souhaitent qu’il soit « en toutes matières » soit aussi abrogatif, révocatoire et constituant (voir affiche ci-dessous).
Ils veulent aussi en écrire les règles en imposant une modification de l’article 3 de la Constitution (4) afin de ne pas laisser les élus rédiger une pâle copie du RIP de Sarkozy. Ce texte ils vont l’écrire ensemble, de manière participative, sur les bases des travaux déjà réalisés par les collectifs cités plus haut. Un site est d’ailleurs en cours de réalisation et un groupe facebook a été créé exclusivement à cet effet. Plusieurs pétitions circulent aussi sur internet (5)(6).

Il sera intéressant de scruter la réaction des élus face à cette revendication qu’ils n’attendaient sûrement pas, du moins pas de manière aussi rapide et massive. Comment vont réagir les soi-disant « démocrates » à cette demande de plus de démocratie ? Difficile de justifier un rejet pur et simple n’est-ce pas ?!
On imaginait bien que l’exécutif allait dans un premier temps tenter d’éloigner le danger en cédant sur plusieurs revendications « secondaires » comme c’est déjà le cas sur les taxes sur le carburant ou la fausse hausse du SMIC. En effet, le gouvernement n’a pas peur de ce genre de mesurettes, il dispose d’assez de leviers pour les compenser et se fait une spécialité de donner d’une main pour reprendre de l’autre. À voir maintenant si les « gilets jaunes » resteront soudés et mobilisés derrière le RIC !

Alors oui, évidemment, dans un pays où 90% des médias sont contrôlés par neuf milliardaires, le RIC serait dans un premier temps quelque peu (voire totalement) faussé, en cela il n’est pas la panacée. Mais franchement, quel formidable pied à l’étrier de la démocratie ce serait pour des français qui semblent enfin avoir repris leur destin politique en main !

« Il n’est rien au monde d’aussi puissant qu’une idée dont l’heure est venue. » Victor Hugo

Références :

1. Démocratie(s) ? — #DATAGUEULE : https://youtu.be/RAvW7LIML60
2. « Le référendum des Gilets Jaunes » organisé et diffusé par Demos Kratos : https://youtu.be/rPKZKvQzhik
3. Article 11 de la Constitution : https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexteArticle.do;?idArticle=LEGIARTI000019241004&cidTexte=LEGITEXT000006071194
4. Article 3 de la Constitution : https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexteArticle.do;jsessionid=639BFEF9A1AE86FB4130DADA029576F2.tplgfr44s_2?idArticle=LEGIARTI000019240995&cidTexte=LEGITEXT000006071194&dateTexte=20181210
5. Pétition pour l’instauration en France du référendum d’initiative citoyenne : http://www.article3.fr/actions/petition-pour-l-instauration-du-referendum-d-initiative-citoyenne-en-france
6. Pétition « Pour un Référendum d’Initiative Citoyenne » : https://www.change.org/p/gilets-jaunes-occitanie-pour-un-r%C3%A9f%C3%A9rendum-d-initiative-citoyenne

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33 réactions sur “Le RIC : cette revendication qui leur fait si peur… et qui peut tout changer”

  1. Yatri

    Avec les 9 milliardaires qui possèdent la presse et les chaines télé, des chaines « nationales » qui leur font echo et censurent la réalité, quand le RIC sera effectif, il faudra questionner les Français sur la suppression de la redevance télé !

  2. Alain

    Enfin quelque chose d’intelligent qui va redonner un vrai souffle positif à notre démocratie. On ne peut qu’approuver. Rien, n’y personne ne peut s’y opposer puisque ca ne coute rien, ca a fait ses preuves dans d’autres pays. Maintenant faut bien définir le tout, les règles et surtout qui va contrôler qu’il n’y a pas de triches et que tout soit réglo.

  3. Vauquelin

    Il faudrais aussi voir pour les charges des salaires sur les entreprises moi je suis artisans et sa me dégoutté je preferais donne 2000 milles euros au ouvrier que 1300 et le reste a l’ état

    1. ARTZA64

      Bonjour VAUQUELIN,
      Ce ne sont pas des charges mais du salaire différé. Cela permet entre autres d’alimenter la sécurité sociale, les retraites, les services hospitaliers… Le fait de désocialiser par exemple les heures supplémentaires, c’est autant d’argent qui n’ira pas aux hôpitaux ou à la sécu. Autrement dit, si sont supprimées ce que vous appelez des « charges », alors cela impliquera la privatisation de tout; le système de santé, les retraites, etc.
      Et c’est bien ce que cherchent nos gouvernants… or au final, les pauvres ne pourront plus se soigner,ne pourront pas se faire de retraite par capitalisation (comment capitaliser pour sa retraite quand on ne peut pas se soigner…), pendant que les plus riches se gaveront encore plus (devinez qui tiendra les cordons des retraites par capitalisation et les soins privés?).
      Ce que vous appelez charges est donc bien un salaire différé qui permet dans un système social à tous de pouvoir bénéficier du retour de son labeur par la prise en compte des soins, l’obtention d’une retraite, etc.
      Là où je vous rejoins, ce n’est pas tant pour le montant de ces « charges », mais sur la manière dont elles sont utilisées. Là il y a plein de bonnes questions à poser puisque ces « charges » augmentent régulièrement alors que les services de l’état s’éloignent physiquement des citoyens (moins d’hôpitaux, moins de postes, moins de maternité, moins de retraite, etc.).
      Bonne soirée.

    2. Baragoud

      @ ARTZA64 Dans un sens Vauquelin a raison, parce qu’il est artisan, pour les artisans, commerçants, professions libérales, il ne s’agit pas vraiment d’un salaire différé; ils cotisent à beaucoup de choses sans ouverture de droits: congés maladies et maternité, et retraites

  4. Baragoud

    Est-ce que ça veut dire qu’on peut demander le rétablissement de la peine de mort? L’interd De l’IVG? L’interdi De telle ou telle ethnie ou religion ? Fixez vous de limites ? Lesquelles ?

    1. Katell

      La limite est le vote, oui, ou non. et oui si le peuple vote pour la peine de mort, alors oui elle peut être rétablit, de même pour l’IVG, et autres.

    2. ddaryl888

      Il y aura des gardes fous, cela sera reflechi le temps qu’il faut,Katell evite de parler du ric sans conaitre les gardes fous qui y seront ajouté

    3. Duogarab

      La même démagogie aperçue sur les réseau sociaux de la part de militant LREM, c’est drôle vos exemples, peine de mort et IVG mais pas lutte contre la fraude fiscale ou bien inéligibilité a vie pour les fraudeurs et condamnés élus ! Des limites ? Mais savez vous ce que signifie DEMOCRATIE ? Si le peuple, la majorité décide pourquoi devrait-il en avoir ? Il y a des pays ou cela existe déjà, la Suisse par exemple et vous savez quoi ? 2eme au classement IDH !

    4. Baragoud

      La lutte contre la fraude fiscale est déjà dans la loi, que voulez-vous y ajouter?
      Quant à la Suisse, son système dispose d’une double majorité pour les votes importants: peuple et cantons, ce qui reviendrait pour la France majorité di vote populaire et majorité des exécutifs départementaux et il faut en moyenne 4 ans souvent beaucoup plus entre le lancement d’un référendum et son application

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